Forfait mensuel ou projet au forfait
Le forfait mensuel achète de la prévisibilité et vous expose à des heures sans limite. Le projet au forfait achète une marge claire et vous expose à la dérive du périmètre. Le choix n'est pas une question de goût : il dépend de votre capacité à décrire le travail avant de le faire. Voici comment choisir entre forfait mensuel et projet au forfait, comment chiffrer chacun et quelles clauses vous protègent.
Comment choisir, en bref
- Pouvez-vous décrire dès maintenant les livrables et les critères d'acceptation ? Choisissez le projet au forfait.
- Le travail est-il continu, avec des priorités qui changent chaque mois ? Choisissez le forfait mensuel.
- Au forfait, ajoutez une marge de sécurité de 15 % et limitez les corrections à deux tours.
- En mensuel, vendez un plafond d’heures, pas de la « disponibilité », et écrivez ce qui se passe en cas de dépassement.
- Dans les deux cas, cédez les droits d'auteur sur les livrables uniquement par contrat écrit, au paiement.
Tableau : forfait mensuel ou projet au forfait
Les mêmes heures, deux modèles de risque différents. Le tableau montre qui paie quand l'estimation est fausse.
Forfait mensuel et projet au forfait
| Critère | Forfait mensuel | Projet au forfait |
|---|---|---|
| Prévisibilité du chiffre d’affaires | Élevée, factures récurrentes | Faible, dépend du pipeline |
| Risque d'estimation | Porté par le client, jusqu'au plafond d'heures | Porté entièrement par l'agence |
| Où fuit la marge | Heures au-delà du plafond, absorbées en silence | Corrections et demandes hors périmètre |
| Charge administrative | Feuille de temps mensuelle et rapport client | Devis et renégociation de chaque extra |
| Quand l’utiliser | Maintenance, SEO, contenus, développement continu | Nouveau site, migration, refonte : une livraison claire |
Comment chiffrer un forfait mensuel qui ne vous saigne pas
Un forfait mensuel est un taux horaire caché. Si vous ne le calculez pas, la consommation le calcule pour vous.
Exemple : un forfait de 2 000 € par mois pour 20 heures, c'est 100 € de l'heure. À 26 heures consommées, le taux réel tombe à 77 €, soit 23 % de moins, sans que personne l'ait décidé. À 30 heures, vous êtes à 67 € de l'heure : un tarif junior pour des profils confirmés.
L'inverse coûte aussi cher. Un client qui utilise 12 heures sur 20 paie en réalité 167 € de l'heure et, au quatrième mois, demande pourquoi. Les heures inutilisées ne sont pas du profit, c'est un risque de renégociation.
- Vendez un plafond d'heures, jamais un « support illimité ».
- Écrivez la règle de dépassement : les heures au-delà du plafond sont facturées au taux catalogue, par tranches de 30 minutes.
- Autorisez au maximum 25 % d'heures inutilisées reportées, expirant le mois suivant.
- Révisez le plafond tous les six mois selon la consommation réelle, pas selon les impressions.
Droits sur les livrables : le Code de la propriété intellectuelle
Livrer un site ne transfère pas automatiquement les droits d'auteur. Le Code de la propriété intellectuelle (art. L131-3) exige que chaque droit cédé fasse l'objet d'une mention distincte, avec son étendue, sa destination, son lieu et sa durée.
Pour une agence, c'est un levier commercial, pas de la paperasse : liez la cession au paiement. Avant paiement, le client dispose d'une licence d'utilisation ; après paiement, il obtient les droits convenus.
- Précisez dans le contrat ce qui est cédé : code, design, textes, photos, chacun séparément.
- Traitez à part les composants tiers (thèmes, bibliothèques, polices) : ils ont leurs propres licences.
- Liez la cession au paiement complet du livrable, pas à la date de livraison.
- En forfait mensuel, cédez les droits sur les livrables du mois facturé, pas sur tout ce qui viendra.
Les risques de chaque modèle
- Au forfait : la dérive du périmètre. « Juste une petite modification », quatre fois, c'est une étape entière non facturée.
- Au forfait : l'estimation optimiste. Une marge de 15 % coûte peu ; renégocier le prix en cours de projet coûte cher.
- En mensuel : les heures au-delà du plafond, absorbées en silence pour ne pas froisser le client.
- En mensuel : les heures inutilisées, qui font se demander au client ce qu'il paie.
- Dans les deux cas : pas de feuilles de temps. Sans heures saisies, vous n'avez ni marge calculable ni argument au renouvellement.