La gestion de projet dans une agence web
Un projet web casse rarement au milieu. Il casse au brief, quand personne n'a écrit ce qui est hors périmètre, et à la validation, quand le client demande « juste ce petit détail » pour la troisième fois. Voici à quoi ressemble la gestion de projet dans une agence web qui voit vraiment sa marge : un brief avec des critères d'acceptation, des sprints, une validation explicite et un tableau qui montre où sont passées les heures.
Le déroulé, en bref
- Rédigez le brief avec ce qui est inclus et ce qui est explicitement exclu, plus les critères d'acceptation.
- Découpez le projet en sprints ou en étapes, chacun avec des livrables, un responsable et une date de livraison.
- Estimez en heures par rôle, pas en jours : la facture se construit à partir des heures.
- Soumettez chaque livrable à une validation explicite, enregistrée avec une date et un nom.
- Comparez chaque semaine les heures saisies aux estimations ; un écart de plus de 15 % est une décision à prendre, pas une statistique à classer.
Des briefs et des livrables qu'on peut vraiment valider
L'ambiguïté la plus chère en agence, c'est « je pensais avoir validé autre chose ». Deux lignes dans le brief et une validation datée la suppriment.
- La liste des livrables, avec leur format : 5 pages responsive et 3 gabarits, pas « le site ».
- Ce qui est hors périmètre, par écrit : reprise des anciens contenus, rédaction, traductions, photographie.
- Le nombre de tours de corrections inclus : deux est la norme du marché, le troisième fait l’objet d’un devis.
- Des critères d'acceptation mesurables : LCP sous 2,5 s, CLS sous 0,1, contrastes conformes au WCAG 2.2 niveau AA.
- Une validation par livrable, avec une date et un nom, rattachée à la version exacte concernée.
Tableau : où sont passées les heures sur un projet à 15 000 €
Un projet vendu 15 000 €, 150 heures estimées, au taux catalogue de 100 € de l'heure. Voici ce qui a réellement été saisi.
192 heures pour 15 000 €, c'est un taux réel de 78 € de l'heure, pas 100 : le taux horaire effectif baisse de 22 %. Près de la moitié du dépassement s'est accumulée dans les corrections : 44 heures au lieu de 25, soit 19 heures non facturées sur les 42 en trop (45 %), 1 900 € au taux catalogue. Le reste se répartit entre le design (+12 heures), le développement (+8) et le brief (+3).
Heures vendues et heures saisies, projet à 15 000 €
| Étape | Heures vendues | Heures saisies |
|---|---|---|
| Brief et architecture | 15 | 18 |
| Design UI | 40 | 52 |
| Développement | 70 | 78 |
| Corrections et mise en ligne | 25 | 44 |
| Total | 150 | 192 |
Critères d'acceptation : Core Web Vitals et WCAG 2.2 AA
Un livrable web sans critères d'acceptation est validé au goût, et le goût change au troisième tour de corrections. Les chiffres, non.
Inscrivez les seuils Core Web Vitals et le WCAG 2.2 AA dans le brief. Ils deviennent des conditions de livraison, pas des négociations après coup.
- LCP sous 2,5 secondes sur mobile, mesuré sur la page d'accueil et sur une page intérieure.
- CLS sous 0,1 et INP sous 200 ms, sur le même ensemble de pages.
- Contrastes, navigation au clavier et textes alternatifs conformes au WCAG 2.2 niveau AA.
- Les données collectées par les formulaires livrés, traitées selon le RGPD (règlement (UE) 2016/679) : base légale, information et durée de conservation.
Erreurs fréquentes
- Estimer en jours et facturer en heures : l'agence paie la différence.
- Ne pas limiter les tours de corrections : le hors-périmètre devient gratuit par habitude.
- Mettre un senior sur une tâche vendue au taux junior : vous perdez 60 € par heure travaillée.
- Des validations qui vivent dans les e-mails : personne ne peut montrer ce qui a été validé, ni quand.
- Regarder la marge après la livraison, quand il ne reste qu'à absorber l'écart.